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Migration et migrants : comment étudier l'irrégularité dans les processus migratoires ? L'Espagne : une étude de cas (partie II)

Résumé exécutif

La migration irrégulière vers l’Europe et l’Espagne a connu de profondes transformations au cours de la dernière décennie, marquées par des variations de l’intensité des flux, une reconfiguration des itinéraires et une pression constante sur certaines zones frontalières. Parallèlement, les réponses institutionnelles ont reposé de plus en plus sur le contrôle des frontières et la coopération avec les pays d’origine et de transit, tandis que persistent des défis humanitaires ainsi que des limites dans la mesure précise du phénomène, notamment en ce qui concerne les décès et les disparitions.

Ce rapport se divise en deux parties. La première, publiée en décembre 2025, analysait l’évolution de la migration irrégulière vers l’Espagne dans le contexte européen, en examinant les tendances et les flux, les itinéraires empruntés ainsi que les défis liés aux systèmes d’accueil et de protection internationale, tout en accordant une attention particulière au rôle central de la route atlantique et à la pression exercée sur les îles Canaries. La seconde partie porte sur les processus de régularisation, les caractéristiques des migrants en situation irrégulière et les défis administratifs et humanitaires associés à leur intégration. Elle passe en revue l’évolution des politiques espagnoles depuis les années 1980, en mettant l’accent sur la procédure d’« arraigo » (procédure fondée sur l’ancrage). Le rapport prend également en compte le contexte historique de l’Espagne — pays d’émigration pendant des décennies — qui a développé son cadre réglementaire et son système statistique « en parallèle » de la hausse de l’immigration, laissant subsister des lacunes qui affectent encore le suivi de certaines procédures administratives. Une attention particulière est portée aux mineurs étrangers non accompagnés (MENA) et aux dynamiques territoriales de leur répartition. Enfin, les procédures de rapatriement sont examinées, mettant en lumière les tensions entre les cadres juridiques, les réalités migratoires et les capacités institutionnelles.

L’Espagne est devenue un pays d’accueil avant de disposer d’une politique migratoire pleinement élaborée, ce qui a conduit à des processus successifs de régularisation exceptionnelle accordant des titres de séjour aux personnes résidant déjà dans le pays. Depuis 1985, de nombreuses régularisations ont eu lieu (huit procédures exceptionnelles avant celle approuvée le 27 janvier 2026). Ces processus ont donné naissance à un régime migratoire combinant les voies ordinaires et des mécanismes de régularisation ultérieurs, notamment par le biais de l’« arraigo ».